Frédérique Longin

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PROFIL…

Depuis mon premier biberon,
au fond de mon berceau, mes parents ont essayé
de me convaincre que les voyages forment la
jeunesse. Ils m’ont emmenée, dès que l’occasion se
présentait, sur les routes de France, de la Vendée à
la Lorraine, de Lille à Marseille. Pas un seul coin ne
devait nous échapper et la dune du Pila était pour
nous le paradis le plus exotique que la terre nous
ait donné. En grandissant, j’ai progressivement
pris conscience que la terre ne s’arrêtait pas aux
frontières de notre pays et que les dunes des autres
continents différaient de la nôtre en tous points. J’ai
donc commencé à voyager de par le monde, avec la
grande illusion que rien ne m’échapperait.

PARCOURS…

Entrée dans le monde
des sciences humaines par la porte de la sociologie,
je me suis intéressée à tous ce qui participe à
la construction et à l’organisation de la société,
à la compréhension des relations multiples et
complexes qui existent entre l’homme et le groupe,
bref, à ce qui nous définit et nous constitue en
tant qu’être humain. Cela m’a entraînée dans
le labyrinthe des Sciences politiques et m’a fait
aboutir à un DEA d’anthropologie.
Avide de voir comment ça se passe
ailleurs, mes recherches m’ont menée au hasard
des rencontres, vers la Sierra mexicaine où j’ai
vécu dans une communauté indienne, sur le
Haut Maroni Guyanais auprès de la communauté
Alouku et, dernièrement, dans des quartiers de la
proche banlieue parisienne pour un travail autour
de l’alphabétisation avec des immigrés en situation
irrégulière.

LA GUYANE...

C’est en Guyane que
j’ai fait mon plus long « terrain » et vécu la plus
forte expérience. Cet attachement s’est trouvé
renforcé par la présence de mon frère, qui a
décidé de s’installé là-bas. En 2005, mon travail
de recherche a porté sur l’appréhension de la
mort au sein de la société Aloukou, communauté
de descendants d’esclaves ayant fui les
plantations au 16ème et 17ème siècle.
Cette étude m’a permise d‘appréhender une
culture et d’en comprendre la complexité. Les
Aloukous sont devenus citoyens français en
1960. Le système administratif français est venu
se superposer à l’organisation sociale originale.
Ce trouble semé dans l’identité Aloukou et dans
la manière dont ces habitants des DOM-TOM
se sentent plus ou moins acteurs de leur propre
destin m’a beaucoup interpellée. Citoyens
français d’un bout à l’autre de l’océan, évoluant
dans deux cultures totalement distinctes, ils me
semblaient que nous nous posions bien souvent
les mêmes questions. Quelle est notre place face
à un système démocratique dont les mécanismes
ne sont pas toujours faciles à appréhender ?
Quels sont nos repères ? C’est effectivement ce
type de questionnement qui a émergé tout au
long de ma recherche. Un questionnement que
les Aloukou abordent avec un regard à la fois
plus éloigné et plus neuf que nous.
C’est avec ce questionnement-là que j’ai envie
de revenir. Et cette fois, j’emmène avec moi
une documentariste et une illustratrice, caméra,
cahier et pinceau en main, afin de transmettre ces
témoignages et mettre en image ce regard que
j’ai appris à connaître.

http://www.sciencespo-toulouse.fr/print.php3?id_article=413

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